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ABUS DE CONFIANCE SUR 12 MILLIONS DE FRANCS : Le Sénégalais qui voulait investir dans la micro-finance risque 3 ans ferme.

Le ressortissant sénégalais professeur d’agroéconomie à Houston (États-Unis d’Amérique), M.Mb.Mb., qui voulait implanter un réseau de mutuelles d’épargne et de crédit à travers le pays, risque trois ans de prison si le Tribunal rejoint les réquisitions du procureur Babacar Diop.

Professeur en agroéconomie et recteur de la grande mosquée de Houston, M.Mb.Mb. qui avait ouvert, en avril 2007, une mutuelle d’épargne et de crédit (Mec) à Dahra (Linguère), est poursuivi par des adhérents pour abus de confiance portant sur pas moins de 12 millions de francs Cfa. Le prévenu, mis aux arrêts depuis 10 mois, a, aujourd’hui, son sort entre les mains du président Abdoulaye Bâ qui a décidé, au terme d’un procès de plus de six heures, de rendre son verdict le 26 novembre prochain.

M. Mb.Mb. a été attrait au tribunal par trois adhérents informés de l’état désespérément vide du compte de la mutuelle ouvert à la Cncas de Dahra par un employé éconduit par les banquiers dans sa tentative de faire un approvisionnement de 400.000 francs Cfa. Président de l’Ong internationale « Hilaire » qui a mis sur pied la mutuelle de Dahra dénommée « Mec Ferlo », M.Mb.Mb. a nié en bloc toutes les accusations portées contre sa personne par les trois adhérents plaignants présents à la barre. Selon lui, il a procédé, avec l’aval du conseil d’administration, à des décaissements dans le compte de la structure de micro-finance pour réhabiliter et doter l’agence de Dahra de mobiliers et de fournitures de bureau (4.750.000 francs), construire la succursale de Touba (3,5 millions), acquérir un terrain à Gassane, etc. Toutes ces explications fournies devant la barre par le prévenu pour se tirer d’affaire n’ont pas semblé convaincre le procureur Babacar Diop qui a soutenu que « M. Mb.Mb. est quelqu’un de mauvaise foi qui a usé de son expertise, de son savoir pour flouer les paysans ».

« Tous les éléments de l’abus de confiance sont constitués, l’intention coupable préméditée et établie depuis l’ouverture de la mutuelle de Dahra, la mise en demeure largement représentée, a indiqué le magistrat soutenant que les trois personnes employées par le prévenu n’avaient en réalité aucune responsabilité ». Le procureur, qui a requis trois ans d’emprisonnement, a soutenu que le prévenu n’a fourni devant la juridiction aucune preuve des dépenses effectuées à Dahra et Touba. « Le prévenu a mis sur pied une administration qui n’était que de nom à la mutuelle, car il gérait et manipulait depuis Dakar le compte ouvert à la Cncas de Dahra », a relevé le conseil des parties civiles, Me Pape Mor Niang, estimant que l’utilisation de l’argent des épargnants de Dahra pour réfectionner des locaux de Touba est illicite. « Le prévenu a monté sa mutuelle, s’est entouré d’analphabètes financiers et s’est servi de la confiance des populations de Dahra pour régler ses propres problèmes », a indiqué l’avocat qui a demandé au tribunal de le condamner à la peine qui plaira au procureur et de le faire payer 15 millions de francs Cfa de dommages et intérêts.

Ce Sénégalais de l’extérieur qui est venu pour aider les paysans à sortir de leur dépendance n’a pas sa place dans une prison et doit être relaxé purement et simplement, a souligné son quatuor d’avocats (Mes Cheikh Tidiane Mbodji, Amadou Sonko, Gorgui Guèye et Ciré Bâ). « C’est un dossier dont tout le monde parle dans l’abstrait et les trois employés, ici témoins à charge, n’ont pas rendu la monnaie de singe en faisant de la rétention absolue de tous les documents administratifs et comptables de la mutuelle », a soutenu Me Mbodji. Par ailleurs, Me Mbodji a retenu que le « procureur, qui a pris son client pour quelqu’un qui a usé de son expertise pour flouer les habitants de Dahra, a fait des affirmations gratuites sans aucune preuve ».

APS